« Fluides »

Sans compter les pots cassés !

 

Après l'univers religieux, les chimères, l'immensité océane, le fer, l'acier, le bois, Francis Guyot retrouve la terre nourricière. De l'argile, il fait jaillir d'étonnantes fontaines où l'eau se surprend à remonter son cours.

Hier encore, il explorait les contours d'une humanité chancelante, dessinant les travers d'un corps ployé sous la douleur ou exultant le bonheur consumé au cœur d'arborescences, quand les branches s'enlacent et que les troncs puissants s'effacent sous les rondeurs esquissées à la gouge... Depuis, il a martelé le métal, rapporté de voyages rêvés les flammes blanches comme autant de voiles d'une Armada gagnant les nouveaux mondes. Il a peint le tissu en mille figurines et soudé dans l'acier des hommes oublieux pour des nations heureuses. Il a vécu autant de vies qui hantent désormais ici l'ombre d'alcôves, ailleurs la gravité suintant les siècles et l'histoire du chœur des cathédrales. Il fallait bien qu'un jour, enfin, il retourne à la source et puise en ses racines originelles la matière à fabriquer un peu de l'univers.

Dans la cour de sa maison rurale où dorment quand il fait soleil son vieux chien et un homme pensif creusé au tronc d'un chêne, gisait en débris un antique pot de terre, restes succombés d'un combat supposé contre un géant de fer. Il y avait là le souvenir de famille, une part de son enfance. Il décida qu'elles revivraient, miracle d'une recréation qu'il travailla dans le secret de son laboratoire. L'œuvre naissante alla ensuite rejoindre une place à sa taille entre un canapé de velours et un bahut solide comme autrefois : drôle d'objet suspendu, cruche élevée dans l'air d'où s'échappait un sang rouge qui n'en finissait pas de couler vers le sol y étalant les contours d'une flaque immobile. L'image de Moïse et d'une mer absurde, peut-être.

 

La sculpture ainsi réalisée, mêlée de terre cuite et bois peint, allait rester unique, un peu.
Quatre ans, avant que l'idée rejaillisse :
«C'est un mélange d'images qui m'a guidé, les expansions de César, le nouveau réalisme... » Francis Guyot s'est consacré pleinement à ce nouvel objet de fantaisie novatrice, pot cassé, poli, peint, reflété, multiplié à l'infini et toujours déversant comme le trop plein d'une vie : « C'est aussi un symbole, le cours des choses, l'existence, avec parfois ses surprises, sa rupture. » Ici, du pichet emprunté au bistrot reflue un filet d'eau dont le cours s'est brisé. Là, l'amphore miniature arrose en zigzaguant une verte nature. Et puis, drôle de pied de nez conique, ce tableau fantôme qu'on dirait exhumé d'un roman d'Oscar Wilde, revisité Magritte. Des transparences, des reflets mouvants, un pichet écarlate qui s'en échappe ou s'y enfonce et une larme noire qui se retient de goutter sur le sol, vie que l'on croirait suspendue à notre souffle.

 

A moins que ce ne soit l'inverse.

Claude AUMON

 








 

« C'est ma vie, »

Fils de menuisier, l'outil est depuis mon enfance le compagnon de ma vie. Je m'en sers, il me soumet, je le modifie, il me perfectionne pour arriver au fil des jours et des années à un couple indissociable.

Cette osmose est le support, le moteur de l'acte créateur sans quoi rien ne peut se produire.

C'est le métier !

Celui-ci permet, peu à peu, de traduire la problématique de l'expression et d'arriver à son jaillissement matérialisé par l'œuvre. Le doute est permanent... Mais le travail, l'ascèse, sont le support de la certitude.

La communion entre l'esprit et le métier permet une gestation tantôt douloureuse, tantôt joyeuse, toujours tourmentée, pour une naissance remplie de bonheur.

C'est le moment sublime qui rapproche de Dieu. C'est l'image idéale, véritable liberté, instants intenses entre l'homme et la spiritualité matérialisée dans l'œuvre...

« Le Baiser », « la Femme », « les Amants »,
« la Misère », « la Danse », « la Crucifixion »,
« la Mort », « la Pietà ».

C'est la vie.

Ce sont mes sculptures.

Francis Guyot